vendredi 20 septembre 2013

InVivo : une coop devenue empire industriel

source : http://www.altermonde-sans-frontiere.com
article de Nolwenn Weiler



Vous avez dit coopérative ?

Agrobusiness et spéculation : comment une coopérative agricole s’est muée en empire industriel




Peu connu du grand public, si ce n’est par ses magasins de jardinage Gammvert, le groupe coopératif InVivo règne sur une grande partie de la filière agricole française. Stockage et trading de céréales, fabrication de médicaments et de nourriture pour les animaux, vente de pesticides... InVivo a construit un solide empire international. Bien loin semble-t-il des valeurs coopératives de ses débuts. Enquête sur l’un des fleurons de l’agrobusiness français, entre spéculation sur les aliments et défense d’un modèle agricole intensif et industriel.
  C’est à Paris, sur la très chic avenue de la Grande armée, à l’étage « trading » du groupe coopératif agricole InVivo, que se décide au quotidien le sort d’une partie des céréales françaises. Environ le quart des récoltes sont vendues à partir de ces bureaux. Une petite quinzaine de traders travaillent ici, les yeux rivés sur les courbes des matières premières, à quelques pas des sièges de PSA et de BNP Paribas. Leurs journées commencent vers 8 heures avec les marchés asiatiques et s’achèvent aux alentours de 21 heures, avec les États-Unis. Objectif : écouler les céréales, par millions de tonnes, au plus offrant. L’année 2010-2011 restera pour eux un grand souvenir. InVivo a alors enregistré une croissance de 85 % de ses ventes de grains (blé essentiellement, mais aussi orge, avoine, maïs, tournesol et colza). 11 millions de tonnes ont été exportées. Le chiffre d’affaires global de la coopérative a bondi de plus de 30 %, pour atteindre 6,1 milliards d’euros. Raisons de ce « succès » : les immenses incendies qui ont ravagé les récoltes russes, les moindres récoltes en Ukraine dues à la canicule, les demandes accrues en Égypte et une excellente saison en France.

Céréales spéculatives

En 2011-2012, retour à la normale. InVivo n’a exporté que 8 millions de tonnes de céréales et oléoprotéagineux. Mais la branche « marché des grains », avec 40 % du chiffre d’affaires, reste en tête des résultats du groupe coopératif. Quelles activités recouvre cette branche ? Du stockage, d’abord, pour pouvoir écouler les matières premières au meilleur moment, quand les prix sont au plus haut. Dans ses 12 silos, InVivo peut stocker simultanément 1,5 million de tonnes de céréales et d’oléo-protéagineux ! InVivo assure ainsi chaque année le transit de 6 millions de tonnes de grains (via 450 navires, 700 trains, 2 000 péniches), soit près d’un dixième de la production française. [1] Et ces capacités augmentent sans cesse. 250 000 tonnes notamment de maïs pourront bientôt transiter, chaque année, dans un silo acquis début 2012 sur les bords du Danube. Elle a par ailleurs investi dans un réservoir au Maroc, les pays du Maghreb étant de gros acheteurs de céréales. Avec 241 coopératives sociétaires et un chiffre d’affaire de 5,7 milliards d’euros, InVivo est désormais le premier groupe coopératif français. Et n’a plus rien à voir avec ses origines, quand il s’agissait, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, de réorganiser le monde paysan et de relancer la production pour nourrir la France. Les coopératives s’unissent alors pour collecter et stocker les céréales, commencer à les exporter, conseiller les agriculteurs et les équiper en matériel. [2] Au fil des années, alliances, fusions et unions se multiplient. Lesquelles aboutissent, en 2001, à la création d’InVivo.

Dérégulations, mondialisation et... corruption

« Avec ce genre de groupe, on est passé d’un outil collectif censé sécuriser les revenus des producteurs à une grosse machine qui part à la conquête des marchés », regrette Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne. En 2007, l’absorption d’Evialis – qui concocte des aliments pour les élevages industriels du monde entier – vient agrandir le groupe coopératif, qui compte désormais plus de 6 000 « collaborateurs », et étend son emprise internationale. L’entreprise est aujourd’hui présente dans 60 pays. « On ne peut pas reprocher aux coopératives de profiter du système, même si certaines le font de façon exagérée, estime un producteur de céréales bio. Les décisions politiques ont supprimé tous les mécanismes de régulation du marché. Et ont rendu ces activités de trading et de spéculation légales, et finalement indispensables à une partie du secteur. » Ces dérégulations, InVivo en a pleinement profité, bien au-delà des céréales. Tourteaux, engrais, sel ou encore sable : autant de denrées dont les cours s’envolent régulièrement que les traders d’InVivo achètent, stockent et revendent au gré des courbes. Pour « renforcer son expertise face la volatilité du marché », l’entreprise compte sur sa participation au capital du géant allemand de la vente de grains Toepfer (à hauteur de 20 %). InVivo détient aussi 50 % du capital du groupe britannique Gleadell, qui commercialise graines et intrants. Ces participations croisées ne lui suffisent visiblement pas pour maîtriser le cours des matières premières : en juillet 2012, la justice belge a condamné la coopérative à un demi-million d’euros d’amende pour corruption d’un fonctionnaire de la Commission européenne, qui lui livrait des informations confidentielles sur les prix des marchés de céréales.

Financements publics et crédits d’impôts

L’évolution de ce secteur et la constitution de ce vaste empire répondent bien à un choix politique, porté par des élus de droite comme de gauche. Subventions, taux d’intérêts réduits ou exonération d’impôts accompagnent la dérégulation. Exemple ? Les coopératives agricoles ne sont pas soumises à l’impôt sur les sociétés (qui prélève entre 15 à 30 % sur les bénéfices). Mais elles ont droit au crédit d’impôt compétitivité-emploi (normalement réservé aux entreprises qui paient l’impôt sur les sociétés). Résultat : une économie de 100 millions d’euros pour les coopératives en 2013. Ce dernier avantage a été négocié par l’Alliance des coopératives agricoles (Acooa), organe de lobbying dont le président, Philippe Mangin, est par ailleurs président de... InVivo. Autre évolution : les établissements financiers (comme Unigrains) sont autorisés à entrer au capital des coopératives, jusqu’alors contrôlées par les parts sociales des agriculteurs. InVivo devrait profiter de nouveaux financements public : le Programme d’investissements d’avenir (PIA). 3,7 millions d’euros vont être versés à « l’Institut mutualisé pour les protéines végétales » (Improve). Porté par quatre géants de l’agroalimentaire français (Téréos, Sofiprotéol, Siclaé, et InVivo), Improve « a pour ambition de devenir le leader européen de la valorisation des protéines végétales ». C’est fou tout ce que l’on peut tirer des protéines issues du blé, maïs, colza, pois ou de la luzerne : des aliments pour les humains, et pour les animaux bien sûr. Mais aussi des matières premières pour concocter des cosmétiques, ou encore des isolants « biosourcés ». Le tout certifié par le Grenelle de l’environnement !

Esprit coopératif, es-tu encore là ?

Les coopératives agricoles française ne sont pas toutes aussi importantes. Les 13 000 Coopératives d’utilisation du matériel agricoles (CUMA) qui couvrent le pays sont restées de taille modeste, et très ancrées sur leur territoire. De même que de nombreuses coopératives viticoles. Mais leur nombre tend globalement à diminuer et leur taille à croître : on compte deux fois moins de coopératives agricoles qu’il y a 30 ans, et les trois quarts du chiffre d’affaire global du secteur (83,7 milliards d’euros en 2011) sont réalisés par 10 % des coopératives. [3] En plus des fusions et concentrations, certaines coopératives agricoles ont enclenché un mouvement d’expansion via le rachat d’entreprises capitalistes (dans lesquelles pas une once de coopération n’a été introduite). À elle-seule, InVivo, détient (tout ou en partie) plus de 73 filiales. Les coopératives ont aussi installé des usines à l’étranger. Pour la seule année 2012, InVivo a lancé la construction de cinq nouvelles usines, en production d’alimentation animale essentiellement. « Les agriculteurs ne se retrouvent pas dans ces structures internationales où ils ne gèrent plus rien. Nous sommes pris dans un énorme business et nous nous sentons tout petits », décrit Jacques Commère, de la Coordination Rurale. « Juridiquement, les coopératives sont toujours la propriété des agriculteurs, détaille Michel Abhervé, professeur associé à l’université de Marne-la-Vallée, spécialiste en économie sociale et solidaire. Cependant deux phénomènes expliquent que les agriculteurs se sentent dépossédés. D’une part, la taille grandissante des coopératives, qui fait qu’il est difficile de garder l’état d’esprit de départ. Et d’autre part la confiscation du pouvoir par la technostructure. » « Les agriculteurs ne comprennent pas grand chose à la complexité de la gestion de ces grosses entreprises, reprend Jacques Commère. Et bien souvent, lorsque le conseil d’administration se réunit, et bien ils disent oui. »

Des primes à la vente de pesticides

Au départ maîtrisées par les agriculteurs, les coopératives sont, à partir des années 60 et 70, devenues prescriptrices : des techniciens, salariés par la coopérative, se mettent à arpenter les campagnes pour expliquer aux paysans comment pratiquer leur métier. Les conseils agronomiques se doublent de prescriptions d’engrais et de pesticides. De solides partenariats se nouent avec l’industrie de la chimie. En 2012, Jérémy Macklin, ancien directeur d’InVivo AgroSolutions, cite les contrats liant InVivo à des entreprises telles que GPN, premier producteur français de fertilisants et ancienne filiale de Total, [4] ou encore Monsanto. Le tout « dans le cadre des actions mises en place pour la bonne promotion des produits phytosanitaires ». [5] Aujourd’hui, pour être sûrs que les traitements phytosanitaires ne soient pas oubliés, InVivo – et bien d’autres – avertissent leurs adhérents par SMS. Et la rémunération des techniciens est toujours liée à la quantité de pesticides vendus ! Même si la pratique « tend à disparaître »... [6]
Ces produits posent problème pour la santé des agriculteurs ? Sans doute. C’est pourquoi InVivo a noué un partenariat avec l’Union de l’industrie de protection des plantes (UIPP), regroupement des fabricants de pesticides, pour faire de la prévention... Laquelle passe par des campagnes de communication – dans la presse agricole, sous forme de dépliants, via des sites web – qui rappellent aux agriculteurs « les bonnes pratiques phytopharmaceutiques ». Par exemple : le port d’équipement individuel de protection, le lavage des mains, ou le respect des doses. « Il est très important de promouvoir l’utilisation raisonnée des produits phytosanitaires par un emploi non plus systématique, mais uniquement lorsque c’est nécessaire. Les agriculteurs ont engagé des efforts très importants dans ce sens, ils doivent les intensifier », martèlent les documents de communication de l’entreprise. Qui vit semble-t-il assez bien son ambivalence : l’an dernier, le chiffre d’affaire d’InVivo en « santé végétale » (terme utilisé pour désigner les produits phytosanitaires dans le milieu agricole) a atteint 996 millions d’euros. En hausse de 6 %.

Des conditions de travail peu coopératives

InVivo ne se désintéresse pas pour autant de l’agriculture biologique. Qui reste, selon son ancien directeur adjoint Jérémy Macklin, « l’une des plus efficaces d’un point de vue agronomique ». Pour accompagner les agriculteurs qui tournent le dos au système intensif, la filiale Biotop cultive des insectes. Des prédateurs de nuisibles, élevés dans une usine du Sud-ouest de la France. Prenons la pyrale du maïs, qui détruit feuilles et épis : elle peut être neutralisée par le trichogramme, un insecte dont les larves détruisent les œufs de la pyrale. Biotop vend des trichogrammes aux agriculteurs, pour qu’ils les lâchent sur leurs cultures. Activité lucrative : en 2011-2012, Biotop « a fortement progressé » et « doublé ses ventes à l’export ». Chiffre d’affaires : 5 millions d’euros. Côté conditions de travail, le tableau est moins rose. « La serre où grandissent les petits papillons qui servent à nourrir les trichogrammes sont pleines de poussières très fines, très allergènes, rapporte Yves Baron, délégué syndical CGT d’InVivo. Le port d’un équipement de protection oblige à faire des pauses régulières, parce qu’il est très difficile de respirer à travers les masques. Mais les salariés doivent batailler pour avoir ces pauses. Certains préfèrent ne pas les prendre, poursuit le syndicaliste. Leurs conditions de travail sont très pénibles. Et c’est très compliqué pour nous, les délégués syndicaux, d’échanger avec eux. En mars dernier, je n’ai même pas eu le droit d’entrer sur le site. »

Pénibilité et bas salaires

Autre bataille menée par les salariés d’InVivo : la reconnaissance de la pénibilité de certains métiers et tâches, comme le travail dans les silos, ou dans les entrepôts de l’entreprise où de lourdes charges sont soulevées au quotidien. Quant à « la politique de rémunération motivante » vantée par les plaquettes de communication, elle arrache presque un sourire au délégué syndical. « Après 38 ans de boîte, une salariée qui travaille au conditionnement touche 1 300 euros net par mois. Non, chez nous, pour les employés-ouvriers, les salaires, c’est vraiment peau de chagrin. » « La façon dont, bien souvent, les coopératives agricoles traitent leurs salariés ressemble en tout point à ce qui est fait dans les entreprises capitalistes », ajoute Michel Abhervé . [7] L’agroalimentaire n’est pas un univers très tendre pour les conditions de travail. C’est pourtant un secteur très porteur pour InVivo, chez qui l’activité marché de grains est talonnée par le département « nutrition et santé animale » (NSA...), qui accompagne des projets d’élevage intensif au Vietnam, au Brésil, au Mexique ou encore en Indonésie, Chine et Inde. Des pays où la demande en protéines animales ne cesse d’augmenter. Ce qui est bon pour les comptes d’InVivo. Le chiffres d’affaires de NSA a progressé de 4 % l’année dernière. Cette course à la production de viande ne pose-t-elle pas problème ? La coopérative n’a pas souhaité répondre à nos questions. Mais leur site web livre à ce sujet quelques pistes de réflexion.

L’agriculture familiale selon InVivo

Étrange paradoxe : pour InVivo, le système de production agricole français est « traditionnel et familial, avec une moyenne de 40 vaches par éleveur ». Bien loin, donc, du modèle américain. Et de celui que semble prôner la multinationale coopérative. « L’alimentation des bovins français est produite pour une très large part sur l’exploitation, et toutes productions de bovins confondues, les importations de soja ne représentent que 5 à 6 % de leur ration alimentaire », illustre-t-elle. Les vaches ne consommeraient que 10 % de tourteaux de soja, incorporés dans leurs aliments. On se demande pourquoi InVivo ne cite pas aussi l’exemple des volailles élevées en batterie. Elles doivent grossir vite et donc consommer une forte quantité de protéines. La part de soja dans leur alimentation se situe aux alentours de 70 %. [8] La France importe près de 5 millions de tonnes de soja chaque année, principalement en provenance du Brésil, où la forêt amazonienne et ses habitants souffrent de ces cultures intensives, souvent OGM.
L’agriculture française n’aurait donc rien « d’industriel », selon InVivo. Mais que dire du recours aux antibiotiques ou aux hormones pour soigner les animaux, qui entrent souvent dans la composition des « Premix », spécialités nutritionnelles, et additifs alimentaires commercialisés par la coopérative ? Nous aurions aimé savoir comment InVivo s’assure qu’aucun composé dangereux issu de ces compléments alimentaires ne se retrouve in fine dans nos assiettes. Là encore, pas de réponse. Mais après tout, la mission première d’InVivo n’est-elle pas de « nourrir l’humanité » ? Une cause « noble » et, surtout, « stratégique ». Pour son chiffre d’affaires ?


[1] 70 millions de tonnes de céréales produites en France, en 2009. Source
[2] Sont alors créées l’Union nationale des coopératives agricoles de céréales (UNCAC) et l’Union nationale des coopératives agricoles d’approvisionnement (UNCAA). En 1951, l’Union des coopératives agricoles d’aliments du bétail (UCAAB) voit à son tour le jour
[3] Source : Coop de France
[4] Le premier juillet 2013, GPN a été racheté par le groupe autrichien Boréalis, détenu à 64 % par l’Idic, un fonds d’investissement d’Abou Dhabi, et à 36 % par le groupe pétrolier autrichien OMV. Le groupe est présent dans 120 pays et emploie près de 5 300 salariés. Il a généré en 2012 un chiffre d’affaires de 7,5 milliards d’euros
[5] Mission sénatoriale d’information sur les pesticides et leur impact sur la santé
[6] Compte-rendu de la mission du Sénat sur les pesticides, 2012. Auditions Jérémy Macklin, directeur général adjoint du groupe coopératif In Vivo, membre de l’organisation professionnelle Coop de France, et de Mme Irène de Bretteville, responsable des relations parlementaires de l’organisation professionnelle Coop de France
[7] À titre d’exemple, lire notre article sur l’intoxication de salariés travaillant dans un silo
[8] Selon le Centre d’étude et de recherche sur l’économie et l’organisation des productions animales (Céréopa), contacté pour la rédaction de cet article, de grandes mutations seraient intervenues ces cinq dernières années dans la composition de l’alimentation animale. La part de soja consommée par chaque espèce serait donc modifiée. Les nouveaux chiffres ne sont pas encore disponibles, ils devraient être publiés d’ici peu

Unigrains en Amérique du Sud

Présent à l’international grâce à ses prises de participations dans le fonds Indien SEAF India et Africain AAF Phatisa, Unigrains poursuit son développement à l’international avec une nouvelle prise de participation dans le fonds agro-alimentaire Aqua Capital Partners.

Aqua Capital Partners est un fonds d’investissement basé au Brésil, spécialisé dans l’agro-alimentaire en Amérique Latine, qui investit dans des PME de l’agro-alimentaire afin de profiter des opportunités de croissance des économies de la région.

Cette opération s’inscrit pleinement dans la stratégie d’Unigrains, qui accompagne les entreprises du secteur agroalimentaire français dans leurs projets de développement à l’international.


source : fusacq.com 


L e pourtour méditerranéen est trop petit pour Unigrains, Sofiprotéol and Co. Ils s'attaquent donc à l'Amérique du Sud.
Et avec les énormes profits réalisés en France sur le dos des éleveurs, ils investissent maintenant dans des filières qui sont directement en concurrence avec les productions françaises. (malgré ? des origines syndicales et des liens encore TRES forts avec ledit syndicat...)

jeudi 22 août 2013

Du poulet brésilien et pas breizh dans les plats cuisinés d'une entreprise de Guingamp !

Nous nous faisons écho d'une initiative intéressante des aviculteurs de la Coordination Rurale des Côtes d'Armor qui sont allés le lundi 22 juillet à l'entreprise Farmor de Guingamp, qui fabrique des plats préparés, afin de connaître la provenance de leurs approvisionnements en volailles.
Il y ont fait une découverte scandaleuse !

http://www.coordinationrurale.fr/du-poulet-bresilien-dans-les-plats-bretons.html

Et on retrouve toujours les mêmes... Glon Sanders, Sofiprotéol, etc...


jeudi 18 juillet 2013

Unigrains et Sofiprotéol participent au rapprochement entre RAGT et InVivo

C'était certes en septembre 2010 (communiqué ci-dessous), mais il est intéressant de voir comment tout et tous sont liés.
On comprend mieux le soutien affiché de la FNSEA à la loi sur les semences fermières (loi COV).

Sofiprotéol et Unigrains financeraient elles aussi la FNSEA ? Et à quelle hauteur ?


Le communiqué ci-dessous est très technique, il pourrait servir de base à un roman de John Grisham (La Firme), ou à une nouvelle aventure de Largo Winch :)
Mais un schéma vaut mieux qu'un long discours sur les holdings diverses et variées.
Le schéma est volontairement étendu à d'autres organismes, ainsi qu'aux responsabilités respectives de chacun... et sont intimement mêlées coopératives, organismes financiers, interprofession (qui invente les CVO), syndicalisme...
Ah... une omission... In Vivo et Coop de France ont créé ACOOA en juin 2011 afin de "mobiliser les forces coopératives autour d'un nouveau modèle créateur de valeurs économiques et sociales, pour le futur de l'agriculture, de ses hommes et de ses territoires."
Le président de ce regroupement est Philippe Mangin...



Communiqué Sofiprotéol du 2 septembre 2010

Les deux groupes agricoles RAGT et InVivo ont signé le 23 août un accord stratégique dans le domaine des semences, accompagnés de leurs partenaires financiers Unigrains et Sofiprotéol.

Cet accord permettra en 2011 de constituer l’une des premières entreprises européennes de recherche et de diffusion variétale multi-espèces, dans un contexte de concentration des firmes semencières. Il favorisera la mobilisation des ressources nécessaires à la poursuite des investissements dans les nouvelles techniques de recherche et de sélection.

Les complémentarités entre les deux structures leur donneront l’accès à l’ensemble des sélections variétales sur le marché européen.
Avec 680 salariés, un budget de recherche de 34 M€ et 19 stations de recherche réparties à travers l’Europe, la nouvelle société pèsera 150 M€ de chiffre d’affaires.

RAGT et InVivo fusionnent leurs activités de recherche semencière : Serasem, filiale de création variétale du groupe coopératif InVivo rejoint le pôle recherche de RAGT Semences, R2n. Parallèlement, InVivo entre au capital de RAGT Semences via la holding dénommée Financière RAGT InVivo Semences et détiendra ainsi 34,5 % de RAGT Semences.
 

Unigrains et Sofiprotéol, présents au capital de RAGT Semences et de Serasem (via Semagri, holding commune aux deux établissements financiers, conçue pour intervenir dans le secteur des semences) ont accompagné ce montage en facilitant le rapprochement juridique et financier des entreprises et Semagri devient actionnaire de la holding Financière RAGT InVivo Semences.

Beulin et Le Foll en harmonie pour la nouvelle PAC

 Producteurs laitiers après 2015 - Les aides découplées en 2006 ne seront pas compensées par le recouplage de 15 %

 La Fédération nationale des producteurs laitiers a dressé un sérieux réquisitoire contre le projet de convergence et de majoration des aides directes du gouvernement. Celui-ci pénalisera en particulier les éleveurs en système « maïs fourrager » qui, sans aides recouplées, pourraient renoncer à produire du lait faute de rentabilité.
Alors que les éleveurs laitiers bataillent chaque jour pour que les contrats conclus avec les collecteurs soient appliqués à la lettre, s’ouvre un autre front : le recouplage des aides directes en 2015 pour compenser le manque à gagner généré par la convergence partielle ou totale des droits découplés issus des DPU.

Le combat lancé par la FNPL, la section spécialisée « lait » de la FNSEA, s’annonce rude car la convergence à l'étude au ministère de l'Agriculture affecte en particulier les producteurs en système « maïs fourrager», parmi les plus intensifs. Et la majoration des 50 premiers hectares n’atténuerait que partiellement le manque à gagner.



Tout est cogéré et codécidé depuis longtemps .

Les très grands perdants seront effectivement les laitiers et les engraisseurs. La FNSEA amuse la galerie en envoyant les céréaliers d'Ile de France pleurer devant les médias mais nous savons tous très bien que si un céréalier en individuel qui a plus de 200ha de céréales perdra effectivement dans la nouvelle PAC, cela ne le poussera pas à tout plaquer et à changer d'orientation.

En revanche la casse va être très forte chez les engraisseurs qui s'abstiendront sans doute de rentrer des broutards puis d'acheter des aliments ainsi que chez les laitiers avec une poursuite des cessations d'activité .
Mais cela ne gène pas les décideurs, bien au contraire.
L'avenir pour eux n'est pas dans des fermes d'élevage familiales mais dans une agriculture industrielle.
Ils ont sorti des normes qui font que les vaches polluent plus lorsqu'elles sont à l'herbe .

Maintenant le puzzle prend forme. Demain il faudra de très grosses unités laitières ou d'engraissement qui seront couplées à un atelier de méthanisation .
Stéphane Le Foll parle de 1000 unités à subventionner .
Et oui nous y voilà, les laitiers n'auront presque plus de primes de la PAC mais ils pourront toucher des subventions en faisant de la méthanisation.
Idem pour les engraisseurs. Et bien entendu pour le duo Le Foll-Beulin, une vache pollue à l'herbe mais ne pollue pas lorsqu'elle est conduite en hors sol et que les déjections vont dans un méthaniseur .

Vous comprenez maintenant pourquoi Le Foll et la FNSEA tiennent tant à mettre en place le FMCE et surtout à le rendre obligatoire.
Non seulement les polyculteurs qui ne partent pas dans la méthanisation perdront des primes PAC mais ils auront une double peine puisqu'ils devront financer les méthaniseurs à travers la CVO sur leurs céréales.

Et maintenant voici le 2ème effet Kiss cool que les lecteurs assidus de ce blog auront compris.
Les fermes industrielles ne compenseront peut-être pas entièrement les cessations extrêmement nombreuses qui vont avoir lieu suite aux départs en retraite massif des trayeurs mais aussi au dégout de ceux qui sont encore en activité .
Cela n'est pas grave puisque Beulin compte sur la colocalisation de  certaines productions agricoles au Maghreb. Et  comme par hasard les 2 productions qui ont le plus d'avenir au Maghreb sont le lait et l'engraissement.

Alors on voit clairement la vision des cogestionnaires 

Des primes couplées réservées aux éleveurs de vaches allaitantes parce qu'il y a des coins où on ne peut faire que de l'herbe. Enlever les primes aux VA serait prendre le risque d'avoir des secteurs en friche en France.  Et puis aussi parce que Beulin sait qu'on peut engraisser des taurillons ou faire du lait dans l'arrière pays de Tunis mais qu'il est plus difficile d'avoir de vaste pâtures pour des troupeaux allaitants .

Par contre ailleurs c'est une agriculture industrielle, fortement endettée donc dépendante de ses fournisseurs et acheteurs. En un mot une agriculture intégrée qui sera sévèrement encadrée par des contrats .

Avec le recul nous avions découvert que la PAC 92 avait été codécidée et même écrite par la FNSEA.
Ils nous refont le même coup cette fois.
Xavier Beulin manifeste le jour avec sa base devant la porte d'entrée du ministère mais cogère le soir en rentrant au ministère par la porte de derrière quand ce n'est pas carrément dans l'avion présidentiel.

Agrocarburants : soutien du COPA-COGECA

Le COPA COGECA soutient les producteurs européens d'agrocarburants, en se déclarant opposé au vote d'un rapport par les eurodéputés projetant d'imposer une limite de 5,5 % pour l'incorporation de biocarburants de première génération, c'est-à-dire produits à partir de cultures arables.
Article France Agricole - 17 juillet 2013
en se déclarant opposé au vote d'un rapport par les eurodéputés projetant d'imposer une limite de 5,5 % pour l'incorporation de biocarburants de première génération, c'est-à-dire produits à partir de cultures arables.
En savoir plus sur http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/biocarburants-le-copa-cogeca-soutient-le-biodiesel-de-premiere-generation-75224.html#Kk5Vo4qRbrcXIrlx.99
en se déclarant opposé au vote d'un rapport par les eurodéputés projetant d'imposer une limite de 5,5 % pour l'incorporation de biocarburants de première génération, c'est-à-dire produits à partir de cultures arables.
En savoir plus sur http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/biocarburants-le-copa-cogeca-soutient-le-biodiesel-de-premiere-generation-75224.html#Kk5Vo4qRbrcXIrlx.99

Ce n'est guère étonnant, une fois que l'on sait qui représente la France au sein de cet organisme...

Xavier Beulin (Sofiprotéol) est vice-président du COPA, et Christian Pèes (Coop de France) est président du COGECA et vice-président du COPA-COGECA (regroupement).


les agrocarburants ont donc le soutien de la FNSEA, de Sofiprotéol et Coop de France...



et pour continuer dans Sofiprotéol et les agrocarburants, voici un rapport d'Oxfam sur les agrocarburants et les banques, et du développement en Afrique, etc...
bref un beau tour d'horizon.



mercredi 17 juillet 2013

Réduction des agrocarburants : réaction du directeur de Sofiprotéol

Voici la réaction de Jean-Philippe Puig, directeur de Sofiprotéol, réagit aux choix politiques relatifs aux agrocarburants.



Il critique l'indonésie et l'Argentine mais pas la Malaisie, allez savoir pourquoi... mais comme vous avez lu ce sujet sur notre blog, vous savez pourquoi...

Il parle de 20 000 emplois parce qu'il compte certainement jusqu'à l'intérimaire qui fait les échantillons dans les silos en moisson quand les agriculteurs livrent du colza mais il n'y a "que" 80 emplois en danger avec un arrêt de 20%.

Et le discours sur les protéines végétales prouve toute sa mauvaise fois .

Les vaches laitières peuvent avoir de meilleurs résultats avec de l'enrubanné de luzerne mais depuis 1992 les cogestionnaires ont tout fait pour que cette plante en particulier et l'herbe en générale ne soit pas soutenue contrairement au colza.
En plus d'un point de vue agronomique, sur le long terme la luzerne apporte plus alors que la conduite du colza commence a devenir difficile là où l'on en fait beaucoup depuis 30 ans .


Et puis Sofiprotéol en a contre le soja mais ne critique jamais le jatropha ou l'huile de palme, et là aussi, vous savez pourquoi.
(sinon, voir ici)



Le faux procès fait aux biocarburants
déclaration publiée dans Les Echos du 16 juillet 2013.

Le groupe Sofiprotéol, que je dirige, vient de prendre une décision difficile en lançant le 4 juillet dernier une restructuration de son pôle de production de biodiesel. Nous avons dû nous résoudre à une réduction de 20 % de nos capacités de production et à la suppression d'un peu plus de 80 postes sur deux sites. Nous mettons bien sûr tout en oeuvre pour reclasser les salariés de ces unités au sein même de l'entreprise. Mais il n'en reste pas moins que pour la première fois nous sommes contraints de « réduire la voilure »

Pourquoi ? Si nous prenons des mesures aussi douloureuses c'est tout simplement parce que nous sommes victimes de choix politiques que nous considérons comme fondés sur de faux raisonnements.

Ces raisonnements découlent du fameux facteur Casi (changement d'affectation des sols indirect) brandi dans tous les débats par les adversaires des biocarburants comme la cause ultime de la déforestation de la planète mais aussi comme l'origine de la hausse des cours des matières premières alimentaires. Or ces calculs sont élaborés sur une base scientifique qui, au fil des mois, s'avère fausse et fait de moins en moins autorité. La source, une étude américaine de l'International Food Policy Research Institute a été mise en défaut récemment par une analyse scientifique de l'Inra, démontrant des erreurs basiques de calcul... C'est donc sur ces bases contestées qu'à Paris comme à Bruxelles sont lancées des initiatives pour mettre fin à la production des biocarburants. Le vote de la commission environnement du Parlement européen en faveur du rapport de Corinne Lepage visant à limiter à 5,5 % le taux d'incorporation des biocarburants en est la dernière illustration. C'est un nouveau mauvais coup porté à notre industrie. Si ces propositions sont confirmées, elles remettront en cause l'effort collectif que représente cette filière soutenue depuis plus de vingt ans par les pouvoirs publics de droite comme de gauche dans notre pays.

Si nous avons investi plus de 1 milliard d'euros dans cette filière, c'est précisément parce que nous nous pensions soutenus et pour longtemps ! Pouvons-nous parler d'une politique industrielle quand trois ans après avoir demandé à l'industrie d'investir, les politiques décident de changer les règles conduisant à la fermeture de sites et à la destruction d'emplois ?

Non contents de nous soutenir, nos gouvernants, je le répète à Bruxelles comme à Paris, nous ont encouragés à accroître nos capacités. Qui va oser désormais investir dans la seconde génération sans garantie sur le maintien de la législation ? Faut-il rappeler que nos chercheurs qui travaillent par exemple sur des alternatives aux matières plastiques issues du pétrole ont besoin d'une visibilité sur le long terme ?

A qui profite le crime ? En tout cas pas aux salariés de Sofiprotéol, pas aux agriculteurs de toute la France qui livrent leur colza et leur tournesol à nos partenaires, les coopératives ; pas aux investisseurs qui nous font confiance ni à la balance commerciale française, puisqu'il va nous falloir importer du diesel russe, et finalement pas aux environnementalistes car l'arrêt ou la baisse de production du colza conduira inexorablement à l'importation de protéines de soja... OGM !

Nous sommes le leader mondial de production de biodiesel, nous sommes un groupe français, soutenu par le monde agricole et nous voilà menacés de devoir bientôt laisser notre place aux indonésiens et argentins parce que l'Europe veut se positionner en gendarme écologique de la planète !

On impute aujourd'hui aux biocarburants, générateurs de plus de 20.000 emplois dans notre pays, la responsabilité de la déforestation, alors que la France détruit l'équivalent en surface d'un département tous les dix ans du fait de l'urbanisation... Pourquoi condamner une filière oléochimique liée à cette production, qui pourrait nous placer avantageusement dans cette économie verte dont nous sommes des pionniers ?
Jean-Philippe Puig